Faire ou défaire l'école?

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Faire ou défaire l'école?

Message  Admin le Ven 20 Mar - 0:43

A l'attention de : Madame la Ministre de la Culture et de la Communication


Faire ou défaire école ?

[justify]« Madame la Ministre, nous ne sommes pas inquiets, mais en colère » : ainsi commence la lettre adressée à Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, par l’ensemble des enseignants, des étudiants, de la direction et du personnel de l’école des Beaux-Arts de Toulouse, réunis en assemblée générale le 11 mars 2009. La veille, les enseignants de l’école régionale des beaux-arts de Nantes, également réunis en assemblée générale, demandaient à leur ministre de tutelle de ne pas se désavouer et « d’assumer la qualité et la spécificité des enseignements artistiques ». C’est « en conscience », poursuivait Toulouse, que nous suggérons « que nos écoles entrent en résistance, et en conséquence qu’elles rejoignent le mouvement social ». L’appel est rallié et relayé par un nombre croissant d’établissements d’enseignement artistique (Angers, Tarbes…) qui ont joué le jeu de la concertation et se voient aujourd’hui opposer des normes au service d’une logique qui leur est étrangère et risquent d’être dépossédés des critères de leur spécificité. Que s’est-il passé ?


L’AERES, Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur, commissionnée par le ministère de la Culture, vient de rendre public son rapport d’évaluation (consultable sur son site) en vue de la reconnaissance du grade de Master pour le Diplôme National Supérieur Expression Plastique délivré par les écoles d’art françaises. Ses conclusions sont en effet provocantes à bien des égards, au plus haut point préoccupantes et inacceptables en l’état. Il apparaît que les conditions prescriptives dont l’avis est assorti remettent ouvertement en cause la spécificité de l’enseignement artistique, nient la richesse de son histoire et menacent directement l’existence des établissements publics. « D’un côté, ce rapport se sert de l’université pour opérer un transfert de compétences relatives à une praxis de l’art où l’art se réfléchit et se pense du même mouvement qu’il se produit, et moyennant ce transfert d’autorité à l’université, il nous assène des critères d’évaluation normatifs à l’appui d’un grade, le master. De l’autre côté, il nous loge à la même enseigne et nous traite à la même aune qu’il traite les enseignants-chercheurs » (Toulouse). Que la majeure partie des conditions à remplir concerne l’enseignement théorique, que soit exigé sans nulle autre considération l’écrasement pur et simple de toute pratique discursive sur le mémoire normatif de Master universitaire ne doit pas abuser ; c’est bien l’ensemble des enseignements qui est hypothéqué, la liberté au principe de la création qui est entravée, comme est balayée l’exigence singulière portée par les écoles d’art d’un entremêlement intime et fécond de la pratique et de la théorie : « Nos écoles sont des lieux de création où la pratique artistique s’élabore dans un rapport dialectique constant avec la réflexion et l’approfondissement théoriques. Affirmer avec arrogance le primat de l’intelligible sur le sensible reviendrait à déformer profondément le travail que nous faisons » (Angers).

Au-delà de la dimension politique que revêt la marche forcée vers l’homogénéisation des enseignements – cet au-delà est cependant l’horizon indépassable de toute action – quels sont les enjeux du point de vue des savoirs et des pratiques du savoir au sein des écoles d’art ? Si le DNSEP ne saurait être un diplôme professionnalisant comme cela est affirmé dans le rapport, mais un diplôme qui sanctionne un cursus de formation aux pratiques et aux enjeux de l’art, la question centrale des modalités d’évaluation de l’enseignement délivré ne peut pas être posée, sinon sans affronter, du moins sans sous-tendre celles de savoir ce qu’il peut en être de l’art. Il est stupéfiant qu’à aucun moment le rapport ne prenne en compte la complexité primordiale de cette réalité. Cette dernière question est une de celle que l’on ne peut heureusement trancher, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur ; de fait, elle constitue le moteur même de l’enseignement artistique et théorique. Autrement dit, enseigner la possibilité de l’art c’est propager l’interrogation constitutive de toute pratique artistique sans que puisse être présumées, a fortiori établies une fois pour toutes, les formes de cette praxis. Cette ouverture heuristique sur l’objet de l’enseignement et de l’objet lui-même sur les conditions de sa transmission suppose – et c’est ce pour quoi existent les écoles d’arts – d’en réfléchir et d’en construire les dispositifs singuliers, dispositifs ouverts aux savoirs universitaires mais en aucun cas réductibles au modèle académique. S’il est en effet le risque d’une incertitude mise à la place d’une évidence, l’art exige de son enseignement des formes alternatives à la seule acquisition cumulative de savoirs hiérarchisés. Faut-il par ailleurs souligner que « le choix d’une école d’art est pour un étudiant celui d’une formation autre que celle prodiguée par l’université, c’est-à-dire le choix d’une formation axée sur la construction d’un projet personnel et l’élaboration de méthodes propres à ce projet » ? (Tarbes).
Dire ou rappeler cela c’est aussi affirmer l’engagement des établissements d’enseignement artistique dans la voie de la recherche, leur capacité d’en assurer la vitalité et de mener des programmes en rapport avec le monde universitaire. Rapport intéressé au sens premier du terme, c’est-à-dire de complémentarité et de réciprocité, en aucun cas de délégation. C’est donc révoquer en doute l’avis d’illégitimité à le faire émis par l’AERES. En témoigne, s’il était besoin, le volume récemment présenté et diffusé par la Délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture qui fait état de huit ans de programmes de recherches menées dans les écoles d’art. Sur ce point également, il appartient au Ministre de tutelle d’assumer la qualité du travail engagé.

« Nous refusons donc de cautionner une réforme qui s’inscrit dans une logique de compétition pour nous déposséder d’une tradition et de formes de travail que seule l’attention de l’art aujourd’hui permet » concluait Toulouse. Un nouveau motif de contestation s’ajoute à ceux qui ont fait naître le mouvement contre la réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche auquel nous appelons à se joindre l’ensemble des acteurs, personnel d’écoles d’art, étudiants, enseignants, mais aussi artistes et quiconque se sent concerné par le risque d’une mise au pas de l’enseignement dans les écoles d’art.

Texte de X.Vert,
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